vendredi 28 novembre 2008

Pas de syndicat, pas de grève

Les grévistes rangent les bannières dans l’abri des lignes de piquetage à l’usine Nissan.

La barrière de l’usine Nissan dans la zone franche de transformation pour l’exportation.


Il est presque incroyable que des syndicats puissent exister aux Philippines.

Les lois du travail sont truffées de dispositions contre les travailleurs. Lorsque des travailleurs réussissent à faire accréditer leur syndicat, dans la grande majorité des cas l’employeur s’oppose à toutes les étapes des négociations en interjetant appel auprès du Department of Labor and Employment ou DOLE, des tribunaux et même auprès de la Cour suprême.

Dans les rares cas où la Cour suprême donne raison au syndicat, l’employeur peut tout simplement ignorer la décision et dans le pire des cas, il recevra un simple avertissement. Selon certains avocats progressistes spécialisés en droit du travail, aucune entreprise dans l’histoire des Philippines n’a jamais été punie pour outrage au tribunal ou pratiques de travail injustes.

Pendant que les entreprises dépensent de l’argent pour lutter contre les syndicats, les travailleurs, en particuliers les dirigeants syndicaux, sont mis à pied illégalement ou forcés à faire la grève.

C’est à peu près ce qui s’est passé pour les travailleurs des zones franches de transformation pour l’exportation de Tagalog sud, où les délégués syndicaux canadiens ont visité les travailleurs sur les lignes de piquetage des sociétés Nissan et Nestlé. Les syndicats des deux usines sont en grève depuis environ sept ans.

Les choses empirent.

Le site industriel de Nissan est protégé par un détachement militaire qui est stationné dans une petite collectivité pauvre urbaine avoisinante au moment où la grève battait son plein. Au moins ils sont cantonnés à l’extérieur de l’usine, contrairement au site de Toyota où les militaires sans uniformes jouent au basket-ball dans la cour de l’entreprise.

Un jeune dirigeant syndical a montré à Peter Leibovitch, du Syndicat des métallurgistes unis d’Amérique (SMUA), et à Daniel Kinsella, de l’Alliance de la Fonction publique du Canada (AFPC), l’abri de grève qui est occupé en tout temps. Les murs sont faits de planches minces et le toit d’une toile épaisse et de morceaux de cartons retenus par des bâtons de bois et de bambou. Il est semblable aux abris que l’on retrouve dans la collectivité pauvre avoisinante, sauf pour les bannières de grèves et les slogans peints sur les murs. «Justice» dit l’un de ces slogans en pilipino.

Un gréviste dormait sur un lit de bois sans matelas au milieu de l’abri. Il avait monté la garde toute la nuit. Le jeune dirigeant syndical, qui n’a pas voulu que son nom soit publié, a déclaré que des 300 travailleurs en grève du début, il n’en reste que 160 qui se remplacent sur les lignes de piquetage. Les autres ont trouvé du travail ailleurs, un grand nombre à l’extérieur du pays.

Le dirigeant syndical a mentionné que les militaires du détachement avaient visité sa maison trois fois et l’avaient interrogé. Ils l’ont incité à abandonner le syndicat car, ont-ils dit, il était lié au mouvement gauchiste Nouvelle Armée du peuple.

«Je ne fais rien d’illégal», a-t-il répondu, bien qu’il ait des raisons d’être sur ses gardes. Le président du syndicat lors de la grève chez Nestlé, Diosdado Fortuna, a été tué par des motocyclistes non identifiés. On soupçonne fortement que ses assassins étaient des membres du détachement militaire déployé à l’intérieur et à l’extérieur de l’usine Nestlé. Après quatre années d’enquête, rien n’en est sorti.

Les délégués canadiens ont aussi visité la maison d’un autre dirigeant syndical assassiné travaillant à EMI-Yazaki, une entreprise qui fournit des faisceaux électriques à Toyota, Honda, Mazda et Chrysler. Gerry Cristobal a été tué par des hommes non identifiés, le 8 mars 2008. La police locale a déclaré qu’une dispute de circulation était à l’origine du meurtre et qu’aucun suspect n’avait été identifié.

«Gerry a été tué à l’aide de M-14 et de M-16 (des fusils d’assaut de grande puissance). Personne ne possède ces armes, sauf les militaires et les policiers», a déclaré son épouse.

Elle a offert le déjeuner aux délégués, aux membres et aux dirigeants actuels du syndicat de EMI-Yazaki ainsi qu’à la veuve et à l’enfant d’un autre dirigeant syndical assassiné, Jesus Servida, aussi de EMI-Yazaki. Ce dernier était avec un autre membre du syndicat lorsqu’il a été tué par balle lors d’une attaque. L’autre membre a survécu. L’enquête sur cet incident, qui s’est produit le 11 décembre 2006, n’a pas progressé.

«Nous demandons toujours que justice soit faite. Entre-temps, nous continuons à organiser et à éduquer les travailleurs. Nous continuons à nous opposer à la politique tacite «pas de syndicat, pas de grève» qui prévaut dans les zones franches de transformation pour l’exportation», a déclaré le président actuel du syndicat de EMI-Yazaki.

Daniel Kinsella (AFPC) et Peter Leibovitch (SMUA) avec la veuve (première rangée, en noir) du dirigeant syndical assassiné Gerry Cristobal, la veuve et l’enfant (à la droite de Mme Cristobal) de Jesus Servida et les dirigeants syndicaux actuels à EMI-Yazaki.

vendredi 21 novembre 2008

Prisonniers politiques

Le president de l'élément National de l'AFPC, Daniel Kinsella, debout à gauche, et Peter Leibovitch des Métallos rendent visite à des prisonniers politiques. Assis de gauche à droite: Arnaldo Seminiano, organisateur syndical, Emmanuel Dioneda, éducateur syndical, Rogelio Gali ,leader d'un groupe de fermiers, Nestor San Jose du syndicat des conducteurs « Jeepney » , Crispin Zapanta, Bayan Muna président de « party list » au Southern Tagalog, et
Remegio Saladero, avocat en droit du travail.

Au cours des dernières années, les syndicats canadiens ont envoyé des lettres à la présidente des Philippines, Mme Gloria Macapagal Arroyo, pour protester contre une série de violations de droits de la personne dans le pays. Sous son administration, les séries d’assassinats politiques, d’arrestations illégales, d’enlèvements, de tentatives de harcèlement et d’intimidation des activistes gauchistes et syndicaux ont été directement liées aux forces armées et policières des Philippines par le rapporteur spécial des Nations Unis, M. Philip Alston. Les protestations internationales ont semblé être efficaces, puisque les assassinats politiques en 2008 ont diminué considérablement. Toutefois, la répression politique a pris une forme différente.

Le 13 novembre, la journée où les membres de la mission syndicale sont partis pour les Philippines, M. Emmanuel Dioneda, un enseignant et activiste syndical, a été ramassé par un fourgon militaire alors qu’il se rendait au marché. Il a été détenu dans un camp de police avant d’être transféré à la prison provinciale de Mindoro. Les accusations contre lui? Avoir participé avec des rebelles à une embuscade contre la police dans l’est de Mindoro. M. Dioneda est un surviveur de polio et a un handicap depuis son enfance.

Le gouvernement de la présidente Arroyo a émis des mandats d’arrestation pour 72 Philippins, dont 30 sont des activistes syndicaux et paysans. Six ont été capturés et sont en prison sur l’île de Mondoro en attendant leur audience, y compris M. Dioneda et l’avocat syndicaliste Regemio Saladero, qui a été arrêté chez lui par des militaires en habits civils, le 23 octobre. Trois des membres de la mission ont pris le traversier et ont visité la prison provinciale le 17 novembre.

L’aire de visite de la prison consiste en une cour non pavée, de la taille d’un champ de football, entourée de bâtiments de détention minables. Une barrière en maillons de chaîne surmontée de fil barbelé constitue la seule sortie sur le monde extérieur. Les prisonniers et leurs visiteurs erraient dans la cour ou étaient assis à des tables et sur des bancs dans un coin de la cour. Les délégués et leurs hôtes étaient dans un autre coin avec six prisonniers politiques. Maître Saladero, le premier des six à être arrêté, était assis près de son épouse qui lui avait apporté des injections d’insuline. M. Rogelio Galit, un dirigeant paysan, souffre aussi du diabète et était cloué au lit la journée de son arrestation. Il n’y a pas de personnel médical à la prison.

À mesure que les prisonniers faisaient le récit de leur arrestation, une tendance se dessinait. Les policiers et les militaires les ont arrêtés dans la rue ou à leur domicile, ne leur ont pas lu leurs droits et ne les ont pas informés de ce dont ils étaient accusés. De même, le procureur n’a pas entrepris d’enquête préliminaire, ce qui aurait permis aux suspects de présenter des preuves contraires aux enquêteurs. Selon Maître Saladero, en vertu de la loi des Philippines, aucun cas ne peut être présenté en cour sans qu’une enquête préliminaire n’ait été menée.

«Dans nos cas, si le juge suit la procédure établie, les accusations seraient levées», a déclaré Maître Saladero.


Tous les six ont dit qu’ils étaient traités relativement bien en prison, mais qu’ils espéraient en sortir bientôt. Les membres de la mission feront tout ce qu’ils peuvent au Canada pour s’assurer que leur vœu est exaucé.